Un vrai Mont Blanc tout blanc !!!

September 1, 2017

Fin Aout, la météo annoncée n’est pas top top, c’est le moins qu’on puisse dire, oui mais voilà, avec Manu et Titou, ça fait longtemps qu’on prépare ce projet et les dispos n’ont pas été simple à trouver pour que tout le monde se libère. Alors on scrute les prévis tous les jours pendant la semaine qui précède la fenêtre sélectionnée et les londoniens finissent par débarquer à Cham le 31/08 à 13h. Manu, Benoît, Tobias et Jon sont chaud bouillants malgré la pluie, l’idée étant d’aller au moins à Tête Rousse et aviser ensuite. Titou le grand technicien s’est joint à moi pour accompagner cette fine équipe.

 

"Il n’y a pas grand monde au refuge ce soir-là,

les chances de réussite étant maigres."

 

Un petit retard de train, quelques emplettes à Chamonix et il n’est pas tôt lorsque nous partons du Nid d’Aigle. Mais le rythme est bon et nous arrivons à Tête Rousse, en avance même, pour le 2ème service. Il n’y a pas grand monde au refuge ce soir-là, les chances de réussite étant maigres. Pas grand monde, mais quelle bonne surprise de croiser Tony (l’avocat de la promo d’aspi), qui est déjà là, prêt à en découdre avec ses clients ! :) La soirée fût joyeuse et un peu arrosée, mais bientôt, c’est la bestialité féroce d’un dortoir de refuge qu’il faut regagner. Demain la journée sera longue, nous avons décidé de choper le créneau et tenter le sommet. On file se fumer une petite clope de l’amitié à l’extérieur, l’occasion de constater qu’il neige toujours … espérons que les prévis soient dans le vrai.

 

"Des sourires se dessinent sur tous les visages :

oui, elle a revêtu son manteau blanc de cérémonie

et ça en est émouvant."

 

Au petit matin, la montagne est bien immaculée, une dizaine de centimètres est tombée à 3200 mais la météo semble être de la partie malgré la couverture nuageuse encore bien présente. Il y a une certaine inertie dans le refuge et nous partons les premiers. Les gars sont au taquet et bien gaillards sur les crampons que nous chaussons assez rapidement. Je suis vite rassuré par leurs aptitudes ce qui me donne confiance pour la suite. Le grand couloir, rempli de juste ce qu’il faut de neige, est bien en condis. Quelques centaines de mètres d’escalade après sa traversée, nous faisons une pause, l’occasion de se retourner et d’observer la montagne qui nous entoure. Des sourires se dessinent sur tous les visages : oui, elle a revêtu son manteau blanc de cérémonie et ça en est émouvant. Encore dans une légère obscurité, elle dégage une austérité puissante qui inspire l’humilité. Quelques heures plus tard, nous débouchons sur l’arête du Goûter. C’est à nouveau un moment fort, nous avons transpercé la couche de nuage qui se déchire peu à peu et nous flottons à présent dessus. Les derniers mètres au soleil,  en direction du refuge du Goûter, sont hors du temps. Nous l’atteignons vers 9h avec Manu et Benoît bientôt rejoint par le reste du team.

 

"La crête est magnifique dans ces conditions

et même si mes camarades comprennent qu’on est loin d’être arrivés,

je sens qu’ils ont déjà trouvé ce qu’ils sont venus chercher."

 

Les indicateurs sont au vert : nous sommes bien dans l’horaire, la météo est stable et le vent annoncé ne semble pas vouloir sortir de son lit. Certains membres de l’équipe sont plus entamés que d’autre mais l’état physique semble acceptable pour tous au vu des 1400 m de dénivelé restants à parcourir. Après une bonne pause, la caravane se remet en marche. Assez vite, la cordée que je forme avec Manu et Benoît prend un peu de distance sur l’équipe de Titou tout en restant en visuel. Avec le vent annoncé, je préfère ne pas trop traîner tant que mes gars ont la pêche. Je sais que Titou est d’accord avec ce principe. Nous passons au niveau de l’Aiguille de Bionassay : si sèche quelques jours auparavant, elle a retrouvé son caractère et la pureté de ses lignes. Arrivés au Dôme du Goûter, tout le reste de la course se dessine enfin, la crête est magnifique dans ces conditions et même si mes camarades comprennent qu’on est loin d’être arrivés, je sens qu’ils ont déjà trouvé ce qu’ils sont venus chercher. Nous continuons sur notre lancée en nous laissant glisser vers Vallot. Lorsque nous y parvenons, nous n’apercevons toujours pas nos compagnons. Même si je préfèrerais les voir apparaître au Dôme, je me dis que j’ai bien fait d’avancer, on commence à observer des développements verticaux et ça peut toujours prendre de l’ampleur assez rapidement. Je reçois bientôt un message de Titou : Jon est un peu à la peine et ils progressent lentement. Deux barres et une gorgée de Contrex plus tard, nous repartons vers le Graal, la course se durcit vers 4500, les pentes sont plus raides, un peu plus techniques, l’hypoxie se fait ressentir et le linéaire est important pour atteindre le sommet.

 

"L’euphorie de Manu est communicative,

il secoue Benoit comme une marionnette « On l’a fait ! On l’a fait ! ».

Je suis mort de rire. Le temps s’arrête à nouveau …

c’est pour des moments fous comme ça que je veux être guide."

 

C’est au mental que les derniers hectomètres sont parcourus, nous prenons le temps qu’il faut, le créneau météo est juste inespéré. Quand nous arrivons sur l’arête sommitale, l’absence complète de vent est un fait notable, je regrette quelques instants de ne pas avoir le parapente :). Il nous aura fallu 8h ce jour-là pour atteindre le toit de l’Europe dans des conditions particulièrement exceptionnelles, les cordées qui y ont cru se comptent sur les doigts d’une main. L’euphorie de Manu est communicative, il secoue Benoit comme une marionnette « On l’a fait ! On l’a fait ! ». Je suis mort de rire. Le temps s’arrête à nouveau … c’est pour des moments fous comme ça que je veux être guide. Je jette un coup d’œil à l’horaire, il est temps de redescendre, c’est l’occasion de lire Titou qui m’informe de leur retraite : ils ont atteint Vallot mais l’altitude aura eu raison de Jon. Sur une montée sèche 0 – presque 5000 en 2 jours, on le savait, l’acclimatation était loin d’être idéale, mais les gars avaient décidé de tenter ce coup de poker pour faire coïncider les calendriers de chacun. Je ressens un pincement au cœur en me disant que c’est la loi de la montagne qui rappelle que le Mont Blanc est loin d’être une entreprise anodine.

 

"C’est l'occasion ultime de profiter un maximum de tout ce que l'on ne voit pas d'en bas."

 

Même si les corps sont affaiblis, la descente est agréable : c’est l’occasion ultime de profiter un maximum de tout ce que l’on ne voit pas d’en bas. L’effort, moins intense, laisse place à la contemplation de l’environnement et aux divagations philosophiques de l’esprit. Nous arrivons au refuge baignés dans une torpeur de vapeur d’eau en suspension et retrouvons enfin nos comparses avec qui nous refaisons la journée. Après une bonne soirée et nuit réparatrices, la descente jusqu’au Nid d’Aigle se fera encore dans une belle ambiance : d’abord feutrée par la neige fraîche dans le grand couloir puis plus tempétueuse sous le refuge de Tête Rousse avec un vent violent se levant aux abords du col des Rognes.

 

Une superbe aventure où la montagne aura encore eu le dernier mot :)

 

Bravo et merci à Jon, Tobias, Benoît, Manu et Titou.

 

 

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Sourires d'en haut

Mathieu Stephan

Aspirant Guide de Haute Montagne

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