Couloir Chaud au Pelvoux en mode furtif

Alors que le confinement 2.0 bat son plein, nous profitons de la "dérogation professionnelle" avec Antoine pour aller voir de plus près les bonnes conditions du Pelvoux, option descente sous un torchon. Avec un poignet amoindri suite à un bon pétard en escalade, j'avais un peu hésité mais devant des prévis aérologiques coopératifs, j'avais craqué et nous avions pris la route la veille pour aller se poser au pont du Ban, au départ de la course.


Après une nuit grand luxe au chaud dans le camion, nous partons vers 4h30 dans le couloir pourri longeant ce qu'il reste du névé des militaires. L'accès à la vire surplombant les Travers du Pelvoux est un peu pénible ; on louvoie dans une jungle dense où il faut avoir de bonnes notions d'accrobranche...


Très vite réchauffés par cette petite mise en jambe nous sommes contents de traverser à l'horizontal pour redescendre un peu en température. Vers 2200 m déjà, la neige a bien tenu et nous restons sur le versant nord de la moraine (entre moraine et Serre du Riou) pour tracer dans une neige qui porte correctement. Nous nous équipons au pied du franchissement de la première barre à la faveur d'un levé de soleil rouge orange jaune vert bleu blanc rose, bref beau quoi. Le Viso se détache au loin dans le ciel embrasé, c'est splendide. Tout d'un coup, une cordée de poursuivants nous rejoint, mais ... ! Ne seraient-ce pas ces bons vieux collègues de promo ! Alertés par les mêmes réseaux ultra confidentiels d'information alpine, nous avons eu la même idée ...



Après quelques moments de franche camaraderie à discuter le bout de gras, il est temps de reprendre notre approche, c'est qu'on est encore loin du départ de notre varappe du jour... Les deux barres qui nous séparent du glacier des Violettes passent bien dans des petits couloirs en bonne neige. Une fois sur le glacier, le cheminement en rive droite du glacier est assez rapide pour atteindre la rimaye qui est presque bouchée. Les bonnes conditions se confirment vite et après une centaine de mètres de dénivelé non encordés, nous atteignons les premiers passages grimpant. Raf, en bonne machine, s'en va dans une variante extrême de L1 alors que je rejoins mon compagnon de cordée qui avait dévié à droite quelques instants auparavant sur un épaulement plus clément. Assez vite, nous nous retrouvons au pied du ressaut final qui effraie par sa compacité !


La glace est lisse et c'est raide ! Mais Tonio fait jouer toute son expérience pour nous sortir de ce mauvais pas. De bons crochetages persistent des ascensions récentes, cela nous facilite bien la tâche. Alors que nous sommes presque sortis, plus bas une cordée qui a attaqué en décalé de notre équipée a visiblement été frappée par une chute de pierre au point de devoir lancer les secours... Nous apprendrons ultérieurement que la victime ne s'en sortira pas trop mal malgré une perte initiale de connaissance. Il faut rappeler que dans ce genre de course (goulotte/couloir étroit), il vaut mieux temporiser lorsque des cordées sont déjà engagées surtout si les difficultés techniques sont assez courtes, comme c'est le cas dans le couloir Chaud.


Vers 11h30, avec Antoine, nous atteignons le col du Petit Pelvoux qui semblent idéal pour déplier nos ailes. Très peu de vent, voir un léger face, nous pensons pouvoir décoller directement face au nord au dessus du glacier. Mais très vite notre théorie initiale s'effondre lorsque nous constatons des rafales bien travers. Il va falloir filouter. Alors que je fais quelques gonflages en crabant sur le glacier pour rejoindre la zone la plus pentue, Antoine déploie déjà ses ailes majestueuses au dessus de la face NE, tel un condor roumain. Je le rejoins bientôt, catapulté par un petit dust en sortie de déco. Au contact des commandes quelques instants, me voilà en air laminaire. En bon crosseux, je tente quand même une petite transition sur la crête des Pavéous, bien ensoleillée ... mais bon la masse d'air semble bien homogène et stable, faut pas déconner quand même !


Vers 13h30, l'atérro au parking me tend les bras, Tonio m'y attend avec le smile. Nous sortons la Goudale, outil indispensable à une bonne analyse post vol. Très vite, tout est plus clair ; le déco était sous le vent de la brise face sud... Raf nous rejoins bientôt, bien content lui aussi d'atteindre la bagnole en 15 min. Nos deux derniers compères du jour, censés voler en bi n'aurons pas la même chance puisqu'ils descendrons finalement à pied, la dure loi du parapente ; des fois ça passe, des fois ça passe pas mais toujours mieux que quand ça casse !


Un petit combo express au top donc sur une bonne motive du Tonio #déplacementsentreledomicileetlelieudactivitéprofessionnelle.


NB : Toutes les photos de cet article sont de Antoine Rolle, mes photos n'ayant pas eu le créneau de sortir de mon appareil entre l'arrivée à la maison et les expériences destructrices de mon fiston...