Argentera / Gelas, les arêtes perchées des 3000 du Mercantour

Fin d’été dernier, avec le guide Thomas Arfi, nous avons organisé un petit raid alpin bien sympa à la maison, avec l’équipe du Mont Rose ; Emmanuel, Benoît, Tobias et Jon. Objectif : Se frotter à la progression sur arêtes tout en découvrant le massif du Mercantour.


Loin des grands massifs glaciaires de l’arc alpin, ce qui caractérise les Alpes du Sud sont entre autres, sa faune et sa flore très riches, le côté sauvage et paisible de ses vallées, sa géomorphologie d’anciennes vallées glaciaires, véritable livre d’histoire à ciel ouvert et ses courses d’alpinisme inédites en toutes saisons surplombant les rives de la Méditerrannée à quelques dizaines de kilomètres à vol d’oiseau. Avec son voisin italien, il forme le parc Alpi Marittime Mercantour, 1er parc créé par l’Europe et récemment candidat au patrimoine mondial de l’UNESCO.


Le cheminement imaginé pour ce raid emprunte deux des arêtes rocheuses les plus fameuses du massif (Argentera & Gelas). L’escalade y est facile et ludique, impressionnante parfois et bien souvent avec une vue époustouflante sur la côte d’Azur de Gênes à Saint Tropez en passant par la Corse, les jours de bonne visibilité.


Jour 1 : Montée à Remondino et quelques gammes sur les rochers avoisinants


C’est avec une météo mi-figue mi-raisin que nous quittons le parking du Boréon pour remonter le vallon des Erps jusqu’au col du Guilié et basculer dans le brouillard côté italien vers le refuge Remondino. Déjà de belles rencontres avec les mouflons du parc. Après un petit en-cas salutaire au refuge, nous nous dirigeons vers les rochers équipés par les gardiens autour de Remondino. L’occasion de voir ou revoir les manips et la gestuelle de grimpe et de se mettre en confiance pour le programme sérieux du lendemain. Très bon accueil au refuge ; les gardiens, grimpeurs, sont de très bons conseils.



Jour 2 : Arête S de l’Argentera pour rejoindre le refuge Genova


Nous partons alors qu’il fait encore nuit dans un air très … humide … Quelques éboulis plus tard, nous atteignons le col Freshfield à l’aube. L’ambiance est démente et le gaz côté W pointe déjà le bout de son nez. Les premières dalles d’accès à l’arête encore un peu mouillées achèvent leur besogne et te mettent définitivement dedans (l’ambiance). Encordé avec Manu et Jon, je sens qu’ils sont un peu dubitatifs ; on va vraiment passer par là nous ??? Après quelques mouvements, ils sont plus à l’aise et nous progressons bien même si certains passages suspendus sont franchis avec « précaution ». Derrière Tobias et Benoît semblent bien à l’aise avec Tom. L’arête S de l’Argentera est une arête très alpine, l’escalade y est relativement abordable mais les passages sont impressionnants. Nous prenons le temps qu’il faut et, après avoir traversé la pointe Purtscheller (3040 mètres), nous atteignons le sommet de la pointe Genova 3191 mètres. Nous sommes un peu à la bourre sur l’horaire et la météo n’est pas tip top. Le chemin étant encore long jusqu’à la cime de l’Argentera, nous décidons de rester sur ces bonnes sensations et profiter de l’échappatoire qui s’offre à nous. 2 rappels plus tard nous retrouvons la voie normale et basculons vers le refuge Genova. L’itinéraire est assez évident jusqu’au refuge et louvoie entre les barres du versant E. Les passages techniques sont équipés.

L’arrivée au refuge est top, le soleil est de retour et nous profitons de la soirée. Le refuge me rappelle un peu l’auberge du Belvédère à Cogne dans le sens où il ne faut pas trop rigoler avec le cuisto sous peine de se sentir un peu lourd le lendemain matin au réveil…



Jour 3 : Traversée du Gelas


Grand beau au petit matin, tout le monde part à bloc sur l’objectif du jour. Il n’est pas tout prêt et il faut d’abord remonter le Colle di Fenestrelle d’où nous aurons une vue superbe sur le sommet de la veille. Mais bientôt, de l’autre côté, c’est l’objectif du jour que l’on voit apparaître ; sous un ciel orange magnifique, le versant N du Gelas nous fait face. Il arbore encore les restes de son glacier, il a fier allure. Déjà 500 m de D+ dans les pattes mais il faut encore traverser le val Gesso en passant par le refuge Soria Ellena où nous ne ferons qu’une petite pause caféinée. 1000 mètres de dénivelé supplémentaires et nous voilà à l’attaque de notre itinéraire. La traversée du Gelas par son système d’arête W – E forme une belle classique, que l’on peut attaquer plus bas par les arêtes du Saint Robert. Dans un niveau jamais très difficile, on parcourt des passages très esthétiques et aériens. Nous formons les cordées et c’est parti. Jon a été bien courageux la veille, visiblement sensible au vertige, et malgré nos encouragements, il est plus sage qu’il rejoigne directement le lac Blanc où nous le retrouverons plus tard dans l’après-midi. Pour le reste de l’équipe, c’est l’heure de la varappe, tout le monde avoine bien. La météo est de la partie. On se régale. Petite ripaille au sommet en compagnie de la madone et nous traversons l’arête E. Puis une longue descente nous attend pour retrouver la Madone de Fenestre où nous passerons une bonne nuit récupératrice.



Jour 4 : Retour par le pas des Roubines de la Maïris


Les discussions sont allé bon train la veille pour réaliser une dernière course avant de rentrer, l’arête de la Fenêtre par exemple au Cayre Barel mais entre les impératifs logistiques et la fatigue qui commence quand même un peu à se faire sentir, on décide de rentrer direct par le pas des Roubines de la Maïris. Une belle rando de décrassage. Le paysage d’alpage après des itinéraires plus minéraux est vraiment top. Dans la descente, ça s’accélère et tout le monde se met à courir ! Les bougres en avaient encore sous le pied pour une dernière ! Qu’à cela ne tienne nous restons sur cette belle boucle et partons débriefer à Saint Martin autour d’une bonne fougasse et quelques boissons fermentées, histoire de refaire le match.


Un grand bravo à l’équipe pour cette belle réalisation et le super état d’esprit.


Infos techniques


Carte ASF n°5


Un aperçu de la prépa sur Google Earth (J1 en bleu) :


Aperçu du parcours (bleu = J1, jaune = J2, orange = J3, vert = J4)

Le fichier Google Earth est disponible ici.


En quelques chiffres :


Le premier jour suivant forme et météo, il est tout à fait possible de réaliser une course en montant au triangle du Pelago ou à la cime de la Nasta par exemple. Autour du refuge, il y a la Catena del CAI qui est une parfaite petite course de mise en jambe.


Webographie pour la Catena del CAI sur le site gambeinspalla.


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Sourires d'en haut

Mathieu Stephan

Aspirant Guide de Haute Montagne

SIRET : 800 762 858 00028 - Code APE : 9319Z

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