Une Barre qui se mérite !

C’est au pré de Madame Carles que Marie et moi retrouvons Lara & Philoupe ! Avec les éboulements récents au Promontoire, nous abandonnons notre souhait initial de traverser la Meije et nous partons sur la petite traversée de la Barre des Ecrins. Marie, enceinte de 6 mois, s’est joint à nous pour la montée au refuge. La météo est très similaire à celle du Mont Blanc une semaine auparavant, c’est-à-dire moisie mais ça devrait aller vers le mieux.


"Le slip commençait à mouiller…"


En effet, la montée au refuge se fait sous la pluie, d’abord, puis il se met à neiger quelque peu au-dessus du refuge du Glacier Blanc. Sous les conseils de Tom, un copain de l’aspi qui redescend de Roche Faurio, nous empruntons le sentier du haut qui débouche tard sur le glacier Blanc, avec ce temps c’est une très bonne option. Peu après avoir récupéré un groupe d’espagnol qui errait dans le brouillard, on arrive au refuge. Ça tombe bien, le slip commençait à mouiller…


"La couche nuageuse se déchire lentement et les lumières sont du genre très très classe."


Que la soirée est sympathique avec les amis malgré les regards circonspects et réflexions à voix basse d’un groupe de beauf encadré par son vieux guide tout aussi beauf « pfff qu’est-ce qu’ils ont besoin de tout ce matos, pff ceci, pff cela ». Bref, on prend tout ça à la rigolade et on se prépare gentiment pour la journée du lendemain qui s’annonce sportive. Dehors la neige a stoppé mais il en est bien tombé alors le brassage annoncé se confirme. :) La couche nuageuse se déchire lentement et les lumières sont du genre très très classe. Tout le monde s’affère sur la terrasse, en crocs dans 30 cm de peuf, pour immortaliser cet instant féérique alors que les churros* se fument des splifs de bonhomme. :) La face N de la Barre a pris une bonne tarte de poudre : sur la petite goulotte d’accès à l’arête, en glace en cette saison, ça promet… Sans parler des accus possibles, bon on verra tout ça demain…


*NdT : Appellation affectueuse des populations de la péninsule ibérique.


"Il ne peut avaler une miette sans qu’elle ressorte aussitôt."


5h30 le lendemain, Philoupe tire un peu la tronche, la nuit a été rude, dirait-on, et il ne peut avaler une miette sans qu’elle ressorte aussitôt. Sa motivation est intacte, elle, c’est le principal. Surtout que dehors, les étoiles s’en donnent à cœur joie. Il commence à faire jour quand nous nous encordons sur le glacier. Après quelques foulées dans le coton tout frais, l’astre du jour pointe le bout de son nez par le col de Monêtier. J’ai envie de dire « bingo » ! Nous nous remettons en marche vers notre objectif du jour. Soudain, le guidos qui trace bifurque vers Roche Faurio, toutes les cordées derrière s’arrêtent un instant, un peu déboussolées, genre : je mange une barre, je bois un coup, je remets une couche, ah non je ré-enlève une couche … Bref, il faudra qu’un autre guidos prenne le relais pour que tout le monde se remette en marche.


"Nous mettrons 2h de plus pour atteindre le sommet tant l’arête est délicate avec toute cette neige fraiche enchevêtrée."


Dans la pente qui remonte vers la première grosse crevasse (pourvue d’une échelle ce jour), nous doublons la cordée de tête pour prendre le relais de la trace. Et voilà nous y sommes, sortez les brassards ! Lara et Philoupe ont bien la caisse et nous progressons à bon rythme. La neige n’a pas formé trop d’accu et les pentes sont safe. Nous arrivons bientôt à la rimaye ou les deux autres cordées du jour nous quittent pour se diriger vers le Dôme. Le moment de vérité est arrivé. Deux mètres au-dessus de la rimaye nous sommes déjà dans de la glace béton… Lara et Philoupe, pour qui c’est une première sur la glace, se débrouillent hyper bien et c’est tout naturellement que nous poursuivons. La grimpe devenant expo, je fais un premier relais. La couche de glace est mince et c’est un peu rock’n roll... Nous sortons sur l’arête en 3 longueurs vers 13h30. Nous ne sommes pas en train de battre un record de vitesse mais tout le monde à la frite et la météo est parfaite. Nous mettrons 2h de plus pour atteindre le sommet tant l’arête est délicate avec toute cette neige fraiche enchevêtrée. On profite un instant du petit moment de grâce à 4100, en ce début d’automne. Que la course est belle dans ces conditions !


"Une ou deux bidouilles plus tard, nous sommes à la brèche Lory, il est 18h30."


La descente est tout aussi technique et nous restons très vigilants. En approchant le rappel final, nous ne pouvons couper directement de l’arête, les dalles recouvertes de neige sont carrément trop expos. Nous sommes contraints de poursuivre la traversée jusqu’à son extrémité pour pouvoir descendre. Une ou deux bidouilles plus tard, nous sommes à la brèche Lory, il est 18h30. L’hélico du PGHM nous survole, je leur fais signe que tout va bien (nous apprendrons en retrouvant Marie que c’est la gardienne qui les a sollicité, nous ayant perdu de visu). Ils ne nous restent qu’à profiter des dernières lueurs du jour en descendant. Nous retrouvons Marie, qui a anticipé notre arrivée, au pied du refuge des Ecrins. Elle ne manque pas de se moquer de notre style de grimpe qu’elle a observé toute la journée aux jumelles haha. :) 3h de marche supplémentaires dans la pénombre nous ramène au point d’où nous sommes parti.


Une superbe journée, pour une course de caractère dans ces conditions.


Un grand bravo à Lara et Philoupe qui ont été bien solides !!!



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Sourires d'en haut

Mathieu Stephan

Aspirant Guide de Haute Montagne

SIRET : 800 762 858 00028 - Code APE : 9319Z

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