Le Voyage de la Mandarine au Verdon

Un mois après Taghia, donc un peu en cannes quand même (en escalade libre !) et avec l’idée de cocher la voie d’artif de la liste d’aspi, c’est une petite cordée de 3 qui se chauffe pour un must des gorges, du moins c’est sa réputation.


Rendez-vous pris, mi-novembre avec Alex et Renaud pour aller voir la bête. Le voyage de la mandarine, c’est un déroulé de 350 mètres en A3 max et jusqu’à 6b+ en libre. Pas extrémissime donc mais assez sérieux quand même surtout par la longueur et l’engagement.


Petit récit de l'aventure


Départ un peu tardif J1 pour attendre que la pluie cesse, on rattrappe un peu de temps dans les rappels de Heures Zéro en installant la stat de 100 mètres.



On démarre la grimpe vers 10h30 pour une petite longueur assez roulante. Les premiers étriers sont posés dans L2 par Alex qui se débrouille bien. Tellement, que je l’oublie un peu à l’assurage… :D Lorsqu’il tire un plomb quasiment arrivé au relais, nous le retrouvons quasiment au niveau du notre, plein gaz heureusement. On rigole un coup, rien de cassé. Il remonte vite à la jumar et sort la longueur.



La 3ème longueur sort de la baume par la lèvre du surplomb. Ambiance démente. Digne des plus belles photos des anciens. Je languis de remonter la corde plein gaz à la jumar car c’est Alex qui déséquipera la longueur.


Non sans quelques petites contorsions Renaud arrive au relais, je le rejoins par la voie des airs. Alex me retient pour m'éviter le pendule, je n’ai pas hyper confiance après le monstre vol que je lui ai fait prendre dans L2 mais il me dépose gentiment à l’aplomb du relais, réglo ! Remontée mythique pendu dans le vent du Verdon, j’enquille donc avec une longueur relativement aisée en A0/6b. Cette 3ème longueur, c’est juste une question de confiance entre de fines plaquettes rouillées qui ont 40 ans et ta capacité à les charger intelligemment. Légèreté et grâce au programme donc…



Lorsque les collègues me rejoignent à R4, le soleil commence à tomber … et oui déjà ! Nous avons mis un peu de temps à trouver des sensations et le soleil tourne vite en cette saison. Je me lance dans la 5ème longueur avec la frontale à portée de main. Longueur abordable mais je n’y vois pas grand-chose et pose mes crochets comme une quenelle… Un bon tir et les copains qui se foutent de ma gueule, voilà la sanction :) Le matos pend un peu à droite à gauche mais je n’ai rien perdu, je recolle ma frontale et j’y retourne. Ce coup-ci c’est bon, ma pédale crochetée tient, je passe au libre en 6a (assez con dans la nuit) et atteint le relais.


Il faut voir l’ambiance dans les gorges à ce moment, de nuit à chercher les prises dans ton 6a pour rejoindre le bivouac, un petit côté grisant mais quand même, t’as pas trop le choix :)


Alex se tape le petit pas d’A0 de la 6ème longueur et nous sommes enfin sur la vire du bivouac grand luxe. On sort les victuailles, clopes, bières et feu de la Saint Jean !!!



Le lendemain, c’est au tour de Renaud d’attaquer et ça commence fort avec une longueur bien technique en A3 ! Il y passe du temps, ça a l’air costaud… et puis c’est son tour de prendre un pétard ! Le butin de coins de bois en prend un coup car la sacoche s’est déchirée… Ils finiront dans le Verdon quelques centaines de mètres plus bas. Après un bon combat donc, il sort la longueur. Alex le rejoint en 1er pour attaquer la 8ème longueur en A2+. Pour ma part, je déséquipe et en profite pour observer ces beaux couplages bois/pitons que Renaud nous a confectionnés. J’observe, j’observe mais putain à la fin de la longueur je suis démonté d’avoir dépitonné tout ce bordel, c’est quand même bien usant.



Pendus dans le mini hamac à R7, on est pas pire. On tchatche avec Renaud, Alex avance, il est quasiment sorti, à quelques centimètres du relais, quand soudain … un nouveau plomb ! Outch, celui-là était malcommode sur un mur vertical, Alex peine à remonter. Il sort la longueur mais quand nous le rejoignons, on sent bien qu’il a pris un bon chtar. Encore chaud ça va mais comment cela va t-il évoluer… Bon le bonhomme est solide, on décide d’avancer et voir ce que ça donne.


Je pars dans la 9ème longueur facile en 6b+ équipée puis dans la foulée enchaîne le 5+ juste avant la nuit, il restera quelques mètres en 5+ pour atteindre le 2ème bivouac vers 17h, un peu moins confort que le 1er. Alex en a bien chié dans les longueurs en libre. Son coude l’handicape, on dirait que ce n’est pas un simple coup (on apprendra quelques temps après qu’il a sorti la voie avec le coude pété...).


Bref, l’heure est au repos, on aborbe les liofs et toutes les bonnes choses qu’ils nous restent, demain on sort…




Au petit matin, la vue est guedin sur les gorges, on est au-dessus de la mer de nuage en apesanteur. La 12ème longueur en A2 sera pour bibi. Le départ est finaud en traversée, je bétonne mes couplages. Puis lorsque ça repart droit dessus, je sens un créneau de libre. Il y a de belles gouttes et je vois pas mal de matériel au-dessus (c’est l’endroit où la voie flirte avec Mingus). Je mets les chaussons et pars en libre sur le reste de la longueur qui s’y prête bien. On a bien avancé et Renaud arrive à bloc pour enchaîner vite avec la 13ème longueur. Ça déroule quand même mieux qu’au début de l’aventure, les apprentis artifeurs ont trouvé leurs marques.


Au pied du dernier bastion, le topo dit artif ou libre expo… Pour moi, y’a pas photos, j’en ai marre de me traîner sur les étriers, je pars en grimpant. Après une bonne dizaine de mètres ça commence à être un peu moins limpide de continuer en libre et je pose mes premiers points de progression. Je n’ai pas posé grand-chose dessous, ce qui n’est pas malin car si mes points pètent je suis comme un con maintenant. Je sers les fesses, enchaîne quelques points moyens et fini par voler dessus… ouh putain con le micro tient à moitié de travers, j’ai failli prendre un gros pétard… Je me remets de mes émotions, finis par trouver des points corrects et surtout une section de libre qui m’amènera jusqu’au relais.


Au-dessus, c’est la savane, visiblement c’est sorti ! Après une dernière longueur en 4+ mais abo à grimper en mouflant les sacs de hissage, on atteint le plateau. Démonté pour ma part.

Bilan des opérations


On part un peu là-dedans la fleur au fusil ... et à la bourre pour attendre que la drache du lundi matin cesse, ça a bien fait, on aurait été plus pépère à l'heure d'été c’est sûr... Du coup moitié de L4, L5, L6 et L11 grimpées de nuit ... heureusement pas les plus dures.


On aurait certainement pu gagner du temps en manip et process d'artifage, d'ailleurs nette progression entre J1 et J3 mais clairement ce qui peut faire la différence c'est d'allier artif et libre "intelligemment" (c'est là que ça devient compliqué :)), de nombreuses sections se grimpent bien si tant est qu'on ait pas trop de matos sur soi (à gérer au départ et durant la longueur).


La voie est très variée du libre jusqu'aux crochets en passant par des couplages intéressants sans aller dans l'artifage extrême même si on a déjà pris des petits tirs sympas en faisant des raccourcis :)


Enfin, la voie se déroule dans une ambiance démente, dans la plus grande paroi du Verdon avec des couleurs de tarés en cette saison ! Une aventure démente, on s’est régalé, on a beaucoup appris. Merci à Renaud et Alex pour cette belle bambée.


Et bravo aux ouvreurs pour la ligne (1980, Fauquet, Guiot, Guiraud).


Autres infos en vrac


Horaires

  • J1 : Start grimpe 10h - Arrivée bivouac 22h ...

  • J2 : Start grimpe 8h - Arrivée bivouac 17h

  • J3 : Start grimpe 7h30 - Top voie 16h30


Matos, points de réflexions

  • Pour nous, 3 cordes : 50 m attache, 50 m trail line (hissage) et 100 m stat (pour le remonteur rapide, fixer des longueurs si besoin et rappel de 100 m pour descendre)

  • J’ai trouvé bien qu’on ait pas mal de cravates et coin de bois

  • 4 étriers pour 3 (2 pour le leader)

  • Spits (+ tamponnoir) back up et éventuellement plaquettes + écrous / de quoi serrer en rab


Terrain / matériel en place

  • Relais ok.

  • Certains points font un peu peur (L4 entre autres) d'où l'intérêt de prendre quelques spits au cas où...

  • Les ficelous sont en général bons, au moins pour la progression.

  • Le rocher a un peu souffert par les répétitions mais en général la ligne se situe dans du bon rocher, quelques sections plus délicates dans L1, 9, 10 & 14 sans que ça soit dramatique.


Topo


Camptocamp ou sur le site de Guides06.


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Sourires d'en haut

Mathieu Stephan

Aspirant Guide de Haute Montagne

SIRET : 800 762 858 00028 - Code APE : 9319Z

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